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Mercredi 2 novembre 2011 3 02 /11 /Nov /2011 13:06

En parlant de l'écriture de Manil Suri, le quatrième de couverture évoque les géants que sont Vikram Seth et Rohinton Mistry. J'avoue avoir été dubitatif face à cette affirmation, tant je considère que ces auteurs ont quelques longueurs d'avance sur leurs collègues.

Pourtant, la lecture de ce roman a été une belle surprise.

Il y a tant de sensibilité et d'habileté chez Suri, tellement de perfection pour peindre une galerie de protagonistes aussi bien campés les uns que les autres, que l'on finit par ressentir de la tendresse pour la plupart d'entre-eux.

Tous ces personnages se meuvent dans un société marquée par l'histoire d'une partition difficile ou par des conflits culturels ou religieux. Entre les rêves et une réalité cauchemardesque, il est malaisé d'y trouver une place.

Dev, tout d'abord, est un jeune homme adulé des femmes, tant il est beau et tant il interprète magistralement ce mega-tube qu'est "Allume le feu de l'amour". Son mariage avec Mira ainsi que l'aide de son riche beau-père ne lui permet pas de rencontrer son ambition de devenir un chanteur connu.

Il y a Mira elle-même, étouffée par un mari qu'elle a été contrainte d'épouser après s'être montrée imprudente en sa compagnie, et par son père Paji, particulièrement intrusif. Elle va se réfugier dans l'amour fusionnel qu'elle porte à son fils, avec tous les dangers que cela implique.

Il y a aussi ce magnifique personnage, Sandhya, belle-soeur de Mira, seule rescapée de l'exode qui a amené sa famille a quitter le Pakistan nouvellement créé, pour s'installer dans un bidonville de Delhi.

On pourrait croire qu'il s'agit d'un roman tragique et pourtant, l'humour y est très présent, distillé goutte-à-goutte au fil des pages. Cela permet a Suri de régler quelques comptes avec Indira Gandhi.

"Mother India" est un roman jouissif et subtil. La comparaison avec Mistry n'est pas usurpée.

 

Par Manu Bouvy - Publié dans : littérature indienne
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Lundi 24 octobre 2011 1 24 /10 /Oct /2011 14:18

J'avoue ne pas etre trop attire, en regle generale, par ce genre d'ouvrages. Trop souvent, ces autobiographies voient les evenements qui y sont relates par le petit bout de la lorgnette de l'auteur, qui y apparait toujours comme infaillible. Par ailleurs, il n'y a pas a ma connaissance d'autre membre d'une famille souveraine indienne, qui ait mis ses souvenirs par ecrit., et decouvrir les evenements qui ont secoue l'Inde au 20eme siecle au travers de la plume de la derniere Maharani d'un des Etats les plus puissants de l'Inde n'etait pas a negliger.

Je me suis donc assez rapidement plonge dans ce qui a debute comme un conte de fee, a Cooch Behar, petit Etat princier du Nord-Est de l'Inde, ou est nee la future Maharani, en 1919.

Sa mere etait deja une rebelle. Fiancee contre son gre au Maharaja de Gwalior, elle lui adressa un courrier lui signalant son desaccord avec le projet negocie par ses parents. Refroidi, le futur epoux rompit les fiancailles. A l'epoque, au sein de l'aristocratie indienne, il fallait un sacre courage pour agir de la sorte !

A l'adolescence, Gayatri fut mise en contact avec celui que toutes les femmes d'Inde cherissaient, le jeune et seduisant Maharaja de Jaipur. Ah oui, il etait aussi tres riche et excellent joueur de polo !

Au fil des ans, celui que ses proches appelaient "Jai", devint tres proche de la famille de Cooch Behar (qui disposait de palais somptueux permettant de l'accueillir, un peu partout en Inde), et une romance ne tarda pas a naitre entre les deux tourtereaux.

Cependant, la mere de Gayatri rechignait a ce mariage. Jai avait deja deux epouses, et le regime liberal de Cooch Behar n'etait pas celui de Jaipur, ou les femmes etaient soumises a la Purdah, c'est a dire a l'obligation d'etre en permanence voilee devant les hommes.

Gayatri, fidele a l'esprit temoigne auparavant par sa mere, lui tint tete et se maria avec Jai contre son gre.

A Jaipur, elle poursuit sa vie dans un univers somptueux, parmi une domesticite innombrable (Certains sont uniquement utilises pour eloigner les pigeons !), tout en entretenant d'excellentes relations avec les premieres epouses de son mari. Elle renonce progressivement a la Purdah et entreprend de nombreux voyages avec Jai en Europe, particulierement a Londres.

L'independance de l'Inde, en 47, sonna le glas des quelque 600 royaumes restes independants. Integres au sein de l'Union indienne, leurs monarques ont accepte sans trop de difficulte de participer a la construction du nouveau pays, en echange du maintien de quelques prerogatives et d'une liste civile.

Peu a peu, la Maharani va s'investir dans la vie politique pour devenir une deputee d'opposition assez courageuse, qui fit meme 6 mois de prison lors de l'Etat d'urgence proclame par Indira Gandhi.

Je retiens de ce livre le caractere somptueux (et dispendieux) de la vie des Maharaja (le pere de Jai louait un paquebot entier pour se rendre en Angleterre !) et le fait que ceux-ci aient, semble-t'il, joue le jeu de la construction de l'Inde moderne. J'en retiens egalement les louanges adressees par la Maharani de Jaipur a celui qui fut pourtant son contradicteur politique, Jawaharlal Nehru. Ce dernier fut bien un des geants politiques du 20emes siecle, a l'inverse, a mon humble avis, de sa fille Indira Gandhi.

 

New Delhi, 23 octobre 2011

Par Manu Bouvy - Publié dans : littérature indienne
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Lundi 17 octobre 2011 1 17 /10 /Oct /2011 14:06

Un "Sari Rouge". C'est le vetement traditionnellement porte par les femmes hindoues lors de leur mariage. Encore un livre sur ce theme, qui devient un peu trop frequent, celui des mariages arranges ?

 

Il y est effectivement question de mariage, mais cet ouvrage est plutot la chronique d'une famille tamoule, sur trois generations, racontee par une jeune femme qui en est issue, exilee aux Etats-Unis.

 

Le coeur de l'ouvrage, ce sont les rapports entre cette communaute essentiellement presente au Sri Lanka, mais aussi dans l'Etat indien du Tamil Nadu, et le terrible mouvement independantiste des "Tigres Tamouls", qui revendique la partition de l'ile.

 

Terrible en effet, ce mouvement n'admet qu'une seule allegeance, a sa cause. Quiconque ne le soutient pas, pour autant qu'il soit Tamoul, ou se montre un tant soit peu critique, est considere comme traitre a la cause et peut etre assassine.

 

Pas en reste, les autorites srilankaise ont egalement deploye tous les moyens utiles, y compris les plus inadmissibles (tortures systematiques, assassinats, genocide culturel, "disparitions") pour combattre les Tigres.

 

Ce bouquin est empreint d'une grande humanite et d'une grande sensibilite. Sans doute fortement autobiographique, l'auteur evoque les contradictions du mouvement des Tigres, les pressions et menaces exercees sur la diaspora pour obtenir une aide financiere, les liens avec une certaine mafia.

 

On est aussi surpris d'apprendre que le Canada a lontemps accepte les refugies tamouls, et qu'il existe a Toronto un quartier qui semble uniquement dedie a l'accueil de ses ressortissants.

 

Interessant donc, ce bouquin, sur divers plans : politique, historique, et anthropologique.

 

L'auteur le signale, le conflit tamoul a peu fait parler de lui. Le Sri Lanka n'a pas de petrole, ecrit-elle.

 

Sachez cependant qu'apres 27 ans de conflit et pres de 100.000 morts, les Tigres ont depose les armes en 2009.

 

Pushkar, octobre 2011

 

 

Par Manu Bouvy - Publié dans : littérature indienne
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Jeudi 13 octobre 2011 4 13 /10 /Oct /2011 12:57

"Cette vie, je l'ai batie sur les cendres de ma passion et de ma douleur, cette vie ou j'ai decide qu'etre heureux, c'est etre utile - il n'y a rien a lui reprocher" (pp 201)

 

Ce terrifiant temoignage evoque ce qui est en fin de compte une des constantes et un des elements de la richesse de la litterature indienne : le poids de la tradition et des contraintes sociales amene l'individu a etre dechire entre ce qu'il voudrait etre et ce qu'on attend de lui.

 

On retrouve cette dialectique tant chez des anciens comme Tagore que chez des auteurs modernes comme Divakaruni.

 

Cette derniere nous raconte l'histoire de deux gamines nees a quelques heures d'intervalle dans la meme maison bourgeoise de Calcutta.

 

Liees par un lien de parente, les deux cousines sont a ce point proches l'une de l'autre qu'elles se presentent volontiers comme soeurs ou meme soeurs jumelles.

 

Une enfance et une adolescence durant lesquelles elles furent choyees par 3 femmes, 2 meres et une tante, toutes trois veuves, vont les conduire vers un age ou toute femme se doit "d'etre attelee a un homme comme un buffle a une charrue".

 

Theme classique, donc, mais joliment trousse.

 

Les "jumelles de coeur" vont se refugier dans la poesie pour transcender leur destin tragique d'orphelines au sein d'une famille qui connait un revers de fortune, pour se tranformer en "Reines des Epees".

 

Un ouvrage plaisant et bien ecrit.

 

Jodhpur - 13/10/11

 

 

Par Manu Bouvy - Publié dans : littérature indienne
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Lundi 15 août 2011 1 15 /08 /Août /2011 17:51

Un pavé que j'ai eu du mal à digérer !

Le récit se déroule dans Old Delhi, plus particulièrement autour de Chandni Chowk, espèce de Champs Elysées indiens, artère crée vers 1650 par la fille du grand Shah Jahan, face au Fort Rouge.

Dans ce quartier grouillant, qui a perdu énormément de sa superbe, quelques commerçants ralliés au parti communautariste hindou PPI, rêvent de s'élever dans l'échelle sociale en décrochant un mandat local, voire fédéral.

Il y a une atmosphère qui se dégage de ce livre, qui nous permet de humer, au fil des pages, des odeurs de chai et de jasmin. Cependant, j'ai trouvé les personnages assez mal campés, à l'une ou l'autre exception près, et l'histoire décousue et confuse.

Ce "trône du paon" ne va pas détrôner "L'Equilibre du monde", référence sur l'histoire moderne de l'Inde.

Par Manu Bouvy - Publié dans : littérature indienne
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