En parlant de l'écriture de Manil Suri, le quatrième de couverture évoque les géants que sont Vikram Seth et Rohinton Mistry. J'avoue avoir été dubitatif face à cette affirmation, tant je considère que ces auteurs ont quelques longueurs d'avance sur leurs collègues.
Pourtant, la lecture de ce roman a été une belle surprise.
Il y a tant de sensibilité et d'habileté chez Suri, tellement de perfection pour peindre une galerie de protagonistes aussi bien campés les uns que les autres, que l'on finit par ressentir de la tendresse pour la plupart d'entre-eux.
Tous ces personnages se meuvent dans un société marquée par l'histoire d'une partition difficile ou par des conflits culturels ou religieux. Entre les rêves et une réalité cauchemardesque, il est malaisé d'y trouver une place.
Dev, tout d'abord, est un jeune homme adulé des femmes, tant il est beau et tant il interprète magistralement ce mega-tube qu'est "Allume le feu de l'amour". Son mariage avec Mira ainsi que l'aide de son riche beau-père ne lui permet pas de rencontrer son ambition de devenir un chanteur connu.
Il y a Mira elle-même, étouffée par un mari qu'elle a été contrainte d'épouser après s'être montrée imprudente en sa compagnie, et par son père Paji, particulièrement intrusif. Elle va se réfugier dans l'amour fusionnel qu'elle porte à son fils, avec tous les dangers que cela implique.
Il y a aussi ce magnifique personnage, Sandhya, belle-soeur de Mira, seule rescapée de l'exode qui a amené sa famille a quitter le Pakistan nouvellement créé, pour s'installer dans un bidonville de Delhi.
On pourrait croire qu'il s'agit d'un roman tragique et pourtant, l'humour y est très présent, distillé goutte-à-goutte au fil des pages. Cela permet a Suri de régler quelques comptes avec Indira Gandhi.
"Mother India" est un roman jouissif et subtil. La comparaison avec Mistry n'est pas usurpée.