DAWESAR Abha, L'inde en héritage, Editions Eloïse d'Ormesson, 2009, 116 pp.

Publié le par Manu Bouvy

Il y a quelques jours, dans son émission littéraire sur France 2, Frans-Olivier Giesbert n'a cessé de qualifier son invitée Abha Dawesar de « grand écrivain », sans pour autant nous dire grand chose de son dernier ouvrage, « L'Inde en héritage » ! La pauvre Abha semblait un peu perdue... J'étais d'autant plus intrigué que le thème de l'émission, l'homosexualité, n'avait pas grand chose à voir avec le livre. Ma curiosité était donc parfaitement aiguisée.

 

Après nous avoir entretenu des aventures d'une jeune adolescente dans « Babyji », et de celles d'un prix Nobel âgé dans « Dernier été à Paris », c'est au travers du regard d'un enfant qu'Abha Dawesar nous fait cette fois rentrer dans l'intimité d'une famille indienne.

 

Cet enfant, non prénommé, a pour parents un couple de médecins professant dans un dispensaire ouvert aux plus humbles, alors que certains de leurs collègues pratiquent une médecine privée plus lucrative, tout en prélevant de temps à autres un organe sur leurs patients pour le vendre en Occident.

 

Leurs cabinets médicaux ne sont séparés de la petite « pièce de vie » [chambre-salon-cuisine] que par une mince cloison. L'enfant profite de sa présence régulière dans cette pièce pour capter les propos des patients, et enrichir son vocabulaire de termes tels que « avortement », « eczéma » ou « arythmie ».

 

L'univers de l'enfant n'est pas que médical. Son grand-père, ses oncles et tantes, sa cousine et ses deux cousins constituent une famille dans laquelle l'harmonie est loin de régner. En particulier, une des tantes, Six-Doigts, cherche par tous les moyens à capter l'héritage de son beau-père nonagénaire, tout en protègeant aveuglément son rejeton qui entre en politique en devenant un parfait voyou.

 

Le cadre étant posé, Abha Dawesar en prend prétexte pour décrire avec humour et ironie les travers de l'Inde moderne, et en particulier, la corruption des fonctionnaires. En Inde écrit-elle, les « dessous-de-table se font en réalité sur la table » !

 

Ce sont donc les contradictions de l'Inde qui sont mises en scène dans ce livre. La plus grande démocratie du monde reste imprégnée de pratiques nauséabondes, héritées du Raj britannique.

 

Laissons le dernier mot à Abha, sur Daily Motion : « Malgré toute la corruption et les problèmes sociaux que l'on connait en Inde, comment cela se fait-il que ça fonctionne quand même ?».

 

Giesbert à raison. Abha Dawesar est bien un grand écrivain, qui n'est pas sans rappeler, mais comparaison n'est pas raison, une certaine Amélie Nothomb.

 

  "L'intelligence d'Abha Dawesar, c'est de s'interroger sur son récit et sur son livre. De mettre à nu les mécanismes rouillés et grinçants d'une société et d'une famille, mais aussi ceux du roman. C'est à ce prix qu'on ne trompe personne. Il faut dire que l'intrigue repose déjà sur la manipulation des uns et des autres : il n'était pas besoin d'en rajouter" (Nils C. Ahl, Le Monde, 2 octobre 2009).

 

 

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Publié dans littérature indienne

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